Fragilités des salariés en hausse : les données récentes dessinent une réalité inquiétante pour la santé mentale au travail. À l’échelle mondiale l’OMS estimait déjà en 2019 que 15 % des adultes en âge de travailler vivaient avec un trouble mental et que la dépression et l’anxiété faisaient perdre environ 12 milliards de journées de travail par an, pour un coût d’environ 1 000 milliards USD en productivité (WHO: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-at-work?utm_source=openai).
En France, les constats nationaux sont tout aussi alarmants : près de 13 millions de personnes présentent chaque année un trouble psychique et 53 % des Français déclarent avoir été en souffrance psychique au cours des 12 derniers mois (info.gouv.fr). Plus récemment, lors du lancement de la charte « Santé mentale et emploi » (août 2025), le gouvernement a indiqué qu’un salarié sur quatre se déclare en mauvaise santé mentale et que les troubles psychologiques sont la première cause d’arrêts longue durée (https://www.info.gouv.fr/actualite/le-gouvernement-lance-la-premiere-charte-pour-la-sante-mentale-au-travail?utm_source=openai).
Constats chiffrés : panorama international et français
Les chiffres mondiaux et nationaux convergent vers une augmentation durable des troubles psychiques liés au travail. L’OMS rappelle que la charge mondiale de maladie liée à la santé mentale est élevée et impacte lourdement la productivité (WHO: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-at-work?utm_source=openai).
En France, les enquêtes gouvernementales et Ifop soulignent que 13 millions de personnes vivent chaque année avec un trouble psychique et que plus de la moitié de la population a connu une souffrance psychique récente (https://www.info.gouv.fr/grand-dossier/parlons-sante-mentale?utm_source=openai).
Les baromètres RH et assureurs (AXA/Datascope, Ayming, WTW, Mercer) confirment la tendance : hausse de l’absentéisme global, allongement des durées d’arrêt et proportion importante d’arrêts longue durée imputables aux troubles psychiques (AXA/Datascope: +31 % d’absentéisme depuis 2019, économiematin.fr).
Coûts humains et économiques pour les entreprises et la société
La charge économique est majeure : études internationales estiment des dizaines de milliards d’euros perdus chaque année en Europe entre absentéisme, baisse de productivité et coûts assurantiels (FT et rapports sectoriels: WTW/Mercer/Deloitte).
Au niveau mondial, la perte de 12 milliards de journées de travail liée à la dépression et l’anxiété illustre l’ampleur du phénomène et justifie des interventions urgentes pour les entreprises et les pouvoirs publics (WHO: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-at-work?utm_source=openai).
Pour les organisations, l’allongement des arrêts (médianes évoquées autour de 19, 24 jours par salarié/an selon source) augmente la pression sur la gestion des ressources, la continuité d’activité et les coûts de remplacement (lemonde.fr).
Qui sont les salariés les plus fragilisés ?
Plusieurs enquêtes françaises montrent une surreprésentation de certaines catégories : femmes, jeunes, managers, aidants familiaux et personnes en situation de handicap sont plus exposés aux risques psychosociaux (lemonde.fr).
La précarité d’emploi et l’isolement social renforcent cette fragilité : les travailleurs précaires ou informels sont souvent invisibilisés et moins couverts par les dispositifs de prévention et d’accompagnement (WHO: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-at-work?utm_source=openai).
Les différences sectorielles existent aussi : services et finance sont souvent cités comme secteurs à risque élevé, ce qui pousse à regarder les politiques sectorielles et comparaisons internationales pour en tirer des enseignements (FT: https://www.ft.com/content/81eedab5-3dd0-41cb-802b-2390f9aa6f4e?utm_source=openai).
Facteurs de risque identifiés au travail
Les diagnostics récurrents pointent la surcharge de travail, l’intensification des rythmes, la précarisation des emplois, les mauvaises pratiques managériales, le déséquilibre vie pro / vie perso et l’isolement comme facteurs clefs (Technologia, enquêtes RH, le monde).
Le télétravail a un impact ambivalent : il a modifié certains patterns d’absence (parfois réduction des courts arrêts) mais peut aussi accentuer l’intensification du travail et l’isolement selon les modalités mises en place (rmc.bfmtv.com).
Experts et observateurs appellent à ne pas réduire la question à des réponses individuelles : sans agir sur l’organisation du travail, la prévention restera insuffisante et risque de « psychiatriser » des problèmes structurels (Dominique Lhuilier, Le Monde).
Conséquences sur l’absentéisme, la durée des arrêts et la reconnaissance juridique
L’absentéisme lié aux troubles psychiques a explosé : AXA/Datascope signale une augmentation de +31 % depuis 2019 et jusqu’à 25 % des arrêts longue durée peuvent être attribués aux troubles psychologiques (economiematin.fr).
La durée moyenne des arrêts augmente, avec des baromètres évoquant des ordres de grandeur de 19 à 24 jours par salarié et des arrêts longue durée particulièrement marqués pour les troubles psychiques (lemonde.fr).
Parallèlement, on observe une hausse des demandes d’expertises RPS et des affaires médiatisées (ex. litiges UFC‑Que Choisir, expertises Technologia suite à des tragédies), signe que la reconnaissance judiciaire et administrative des risques psychosociaux progresse (lemonde.fr).
Difficultés de détection, parole et outils en entreprise
Beaucoup d’entreprises manquent d’outils fiables pour mesurer les risques psychosociaux et la santé mentale : certains baromètres indiquent qu’environ la moitié des organisations sont insuffisamment équipées pour le repérage (lemonde.fr).
Les sondages montrent un paradoxe : la majorité juge pertinent d’aborder la santé mentale au travail, mais beaucoup de salariés déclarent ne pas se sentir à l’aise pour parler de leurs difficultés par peur de stigmatisation ou de représailles (Ipsos / NAMI, Odoxa).
Les demandes d’accompagnement évoluent : les fournisseurs d’EAP et prestataires notent une hausse des consultations pour l’anxiété et des attentes nouvelles en termes de couverture, formation et culture d’entreprise (ComPsych, Mind Share Partners, SHRM).
Quelle réponse pour la psychologie du travail ?
Les experts appellent la psychologie du travail à recentrer son action sur l’analyse du travail réel : ergonomie organisationnelle, participation des salariés et réorganisation des tâches sont privilégiées plutôt que des solutions purement individuelles (Le Monde, tribunes).
Les recommandations récurrentes portent sur la prévention primaire (réorganisation du travail, réduction de la charge), le repérage précoce, la formation des managers, l’accès aux soins et des dispositifs participatifs impliquant les salariés (WHO: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-at-work?utm_source=openai).
Des initiatives publiques récentes en France (campagnes « Parlons santé mentale ! », charte « Santé mentale et emploi » 2024, 2025) cherchent à mobiliser entreprises et acteurs : elles sont nécessaires mais devront être évaluées sur leur capacité à transformer les organisations (info.gouv.fr).
La montée des fragilités psychiques parmi les salariés n’est pas une fatalité : elle exige une stratégie combinée, intégrant gouvernance, prévention organisationnelle, renforcement des compétences managériales et accès effectif à des ressources de soin.
Pour la psychologie du travail, le défi est double : documenter finement le travail réel et proposer des leviers organisationnels efficaces, tout en garantissant des réponses cliniques accessibles pour celles et ceux qui en ont besoin. Les avancées récentes (baromètres, initiatives publiques, jurisprudence) offrent des leviers ; il reste à les transformer en pratiques durables.
















